Pourquoi les religions existent-elles ? Pourquoi l'homme a t'il besoin de croire ? Pourquoi cet élan humain vers l'irrationnel et le spirituel ?
Pour moi la réponse tient peut être en ceci : le besoin de salut. A la différence des animaux, l'homme a développé une conscience supérieure. Cette conscience de lui-même et des autres est avant tout une conscience douloureuse, car son émergence généra une "prise de conscience" du caractère éphémère de l'existence. L'homme devenu conscient de lui-même sait qu'il va disparaître un jour, et la disparition de sa conscience venue au monde lui est inacceptable. Alors que la mort est finalement un des phénomènes les plus courant dans la nature, alors que nous sommes tous depuis des siècles accoutumés à voir les être animés et les choses inanimées s'user puis disparaitre, la mort est restée pour l'homme conscient un drame inacceptable. A partir du moment où j'ai pris conscience de ma propre existence, où je ne suis plus en elle, mais qu'elle peut devenir pour moi objet de pensé, je ne supporte plus l'idée que celle-ci puisse un jour s'éteindre de façon définitive et irrémédiable.
La volonté de rester vivant est pourtant déjà présente chez les êtres non conscients présent dans la nature. Nous la qualifions alors d'instinct de survie. Cet instinct, apparemment immotivé, est pourtant universellement répandu chez tous les êtres vivants. Se battre, encore et toujours, se battre pour manger, se battre pour guérir, se battre pour survivre. Avec la venue de la conscience, cet instinct naturel prend tout son sens. Je ne veux pas disparaitre car la conscience que j'ai de moi et du monde, fait de moi un être exceptionnel. Je ne veux pas disparaitre parce que j'aime la vie, parce que j'aime tout court. Ainsi l'Amour, qui apparait consécutivement à la conscience s'ajoute à notre instinct de survie naturel et nous fais à la fois refuser la mort et espérer en un après-vie. Les animaux se battent pour survivre, mais ils ne se révoltent pas devant la mort. L'homme aussi lutte pour sa survie, mais ce qu'il refuse surtout c'est de disparaitre. Pourtant les animaux aussi sont des être uniques, mais l'homme sait qu'il est unique, c'est là sans doute la différence.
Ainsi apparait le questionnement métaphysique. Souffrant de l'impermanence de sa vie, l'être humain se questionne sur le sens de celle-ci, sur sa possible prolongation dans l'au-delà, sur les éventuelles conditions de ce passage. En découle la question du salut. Etant dans l'incapacité de trouver dans le monde physique des solutions permettant de résoudre sa finitude, l'homme s'invente un au-delà permettant de résoudre son problème. C'est pourquoi l'apparition de la notion du moi est probablement, dans l'histoire de l'humanité, concomitante avec la survenue des premiers rites religieux. Elle est le point de départ de l'appel désespéré de l'être humain en direction d'un monde spirituel.
Cela dit, une question demeure au sujet de cet univers spirituel. S'agit-il d'une invention ou d'une découverte ? Ce peut-il que l'invention soit une intuition d'un univers ayant une existence réelle ?
J'aimerai ici citer l'exemple d'une femelle chimpanzée née en 1965 en Afrique et morte en 2007 aux États-Unis et à laquelle ont a donné le nom de Washoe. Des scientifique de l’Université Centrale de Washington ont tenté de lui apprendre la langue des signes américaine et ont dans une certaine mesure réussi puisqu'ils sont parvenu à lui enseigner environ 250 gestes. L'intelligence et les capacités de communication de Washoe ont ainsi été considérablement développé. En 1970, Washoe a eu un bébé mais il mourut dans les semaines qui suivirent. Quand les éducateurs lui retirèrent son bébé des bras, Washoe signa et signa encore pour qu’on le lui rende. Elle semblait manifester un grand désarroi. Des exemples analogues ont pu être observé chez les éléphants. Ceux-ci manifestent fréquemment une certaine fascination pour leur morts, triturant souvent les morceaux d'os d'éléphants décédés qu'ils trouvent et se réunissant autour de leurs cadavres.
Les éléphants, les dauphins, les chimpanzés et quelques autres primates sont avec l'être humain, les rares espèces animales à réussir le test du miroir du psychologue américain Gordon Gallup. Le test, qui est un moyen de mesurer la conscience de soi, consiste à marquer d’une tache le front d’un animal en un point qu’il ne peut voir directement puis à lui présenter un miroir. Si l'animal réagit en se déplaçant pour mieux observer la tache ou bien en tentant de la toucher, il démontre qu’il a reconnu son image et donc qu’il a, dans une certaine mesure, conscience de lui-même.
L'objet de ces exemples n'est pas de montrer que les animaux sont dotés d'une conscience analogue à celle de l'homme. Entre la conscience du chimpanzé ou de l'éléphant et celle de l'être humain, il y a assurément plus qu'une simple différence de degré. La conscience embryonnaire manifestée dans les exemples précédents n'est ni générale, ni systématique. Cependant, ce qu'il est intéressant de remarquer ici, c'est le parallèle qui existe entre le fait que ces animaux soient dotés d'une conscience primaire et leur réaction face à la mort de leur proche. Comme si en quelque sorte la perception douloureuse de la mort soit une conséquence du développement de la conscience. A partir du moment où je suis conscient de moi-même et du monde, je vis la mort comme un événement anormal, tragique et douloureux.
C'est peut être bien ce cheminement qui s'est produit au cours de l'évolution de l'homme. L'apparition des premiers rites funéraires, qui constituent une réaction nécessaire à l'intégration de la mort, est un des critère retenu pour définir le passage de l'animalité à l'humanité. S'il est possible qu’Homo heidelbergensis, l'un des ancêtres probables de l'Homme de Néandertal, ait adopté un comportement particulier vis-à-vis de ses morts, les premières véritables sépultures connues sont néandertaliennes. Les plus anciennes datent d'environ -100 000 ans et ont été mises au jour au Proche-Orient. Il est possible d'en observer en France notamment sur les sites de la Chapelle-aux-Saints, la Ferrassie, la Quina, le Moustier et Saint-Césaire.